Jeudi 28 février 2008
Cela fait longtemps que je n'ai pas eu peur. Je suppose qu'on laisse ça au placard comme des habits d'hiver au printemps et qu'on se rend compte mine de rien que les saisons ont passé et que les vieilles trouilles manquent finalement à l'appel. Je suppose que ça vient en grandissant, que d'autres peurs viendront les remplacer mais qu'on a un peu de répit entre deux. Un peu de souffle. Un peu d'âge adulte à vivre.

Et l'âge adulte ça vient avec les responsabilités, avec les cautions solidaires, les charges à payer, les courses à assurer. J'ai emménagé dans mon nouvel appartement il y a maintenant quatre mois. Comme une grande. Ma chambre est spacieuse, j'aime son calme, sa pesanteur. Quand je suis arrivée les murs étaient paints en rouge. Pas un rouge délavé, pas un rouge cramoisi mais un rouge vif. Un rouge sang. Par paresse sans doute et aussi parce que je ne trouvais pas ça si mal, je les ai gardés en état. J'habite la chambre rouge, j'y suis bien. Ma vie d'adulte passe, je rêve éveillée mais j'arrive à donner le change.

Le week end dernier, une petite fille est venue chez moi. Elle a sept ans et est née le même jour que moi. Elle a des cheveux d'ange et je lui ai appris à danser "Nirvana style" sur une chanson du Tigre. Du punk lesbien new-yorkais. C'est comme ça. C'est sa chanson préférée, c'est comme ça. Ambre, en plus d'avoir une exceptionnelle maturité dans ses goûts musicaux, est aussi terriblement curieuse. ,Tiens, tiens. Tiens, une cheminée c'est marrant dans la chambre rouge. Oh regarde! Merde elle s'ouvre. Qu'est ce que c'est que ce truc? Merde une chaussure d'enfant. Merde une chaussure d'enfant dans ma cheminée. Merde elle est rouge. Elle doit être là depuis au moins une décennie. Je la regarde. Je décide de ne pas la jeter. Ca fera son petit effet lors des dîners en ville.

Justement, mardi je fais un dîner russe. En semaine, avant mon départ. On est éclairés à la bougie, le voisin a un peu fait ieche mais il est un peu fou aussi. Un ancien boxer qui a reçu trop de coups. Apparemment. A minuit exactement, je me souviens de la petite chaussure. Ambiance propice aux pensées peu rationnelles, je l'apporte à table et raconte son histoire, sa découverte. L'effet est glacial. Mes invités la regarde en silence, moi non plus je ne suis pas vraiment à l'aise. C'est vrai que c'est glauque. C'est alors que des coups retentissent, des coups qui font trembler tout l'immeuble. Bon il s'avère que c'est le voisin qui était en train de défoncer ma porte d'entrée à grands coups de barre de fer. Bon après discussion tout va bien. Le monsieur est fou. Tout va bien. Tout le monde a eu mortellement peur. Parce que tous les adultes conviés ce soir là ont pensé que c'était l'esprit de la petite chaussure. rouge.

Aujourd'hui je pars pour une île lointaine, je prends l'avion dans trois heures. Je ne sais pas pourquoi, je prends la petite chaussure avec moi. La petite chaussure rouge. Sincérement, je ne sais pas pourquoi je fais ça. Ca ne me fait même pas marrer. Aujourd'hui, je suis une petite fille à nouveau. J'ai terriblement peur de prendre l'avion. J'ai terriblement peur à nouveau.


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Dimanche 24 février 2008
Ai vu Notre univers impitoyable sur les rivalités homme/femme dans un cabinet d'avocats d'affaires. Construit sur le concept du "et si..." le film explore et déroule deux virtualités à partir du point où c'est madame ou bien monsieur qui obtient le poste tant convoité. La conclusion, c'est que c'est celui qui grimpe la hierarchie sociale qui nique soit avec sa secrétaire, soit avec son patron (un coup en l'air)(un coup par terre) et que le bonheur n'est pas à porter de dossiers. Le regret c'est que malgré des efforts et Alice Taglioni, ça reste un peu cliché et puis en fait on s'en fiche un peu de leur petite vie étriquée. C'est mauvais signe en général. Ce qui est encore plus mauvais signe, c'est que mes collègues se sont mis à frétiller quand je leur ai raconté l'histoire. Un film qui est office-racontable, ça craint.

Ai vu Redacted sur les ravages de la guerre en Irak. Bon Brian s'interroge sur les manipulations et la confusion qu'une superposition de points de vue et d'images peuvent entraîner. Dans le genre de Cloverfield, il laisse une caméra dans les mains d'un jeune GI au coeur de la tourmante et le fait reporter à qui mieux mieux. Je suppose qu'étant donnés les prix à la Fnac, c'est le genre de technique cinématographique qui sera amenée à prospérer mais pas forcément avec bonheur. Et là, je ne résiste pas à vous copier/coller la critique allocine : "C'est une expérience unique qui nous obligera à réexaminer de manière radicale les filtres à travers lesquels nous voyons et acceptons les événements mondiaux, le pouvoir de l'image médiatisée et l'influence exercée par la présentation des images sur ce que nous pensons et ce que nous croyons." Et sans blague, qu'est ce que vous croyez vous? Non parce que moi la révélation que certains, en cas de rupture totale des lois et des droits, c'est à dire en cas de guerre en fait, seraient trop heureux de fracasser ma petite tête de fille à lunettes, je l'ai eue en classe de terminale précisément. J'avais à l'époque des visions de certains garçons de mon entourage en treilli, c'était pour le moins terrifiant. Et encore, je trouve que c'est un peu tard. Et puis je sais pas, il y a eu Abu Ghraib, c'était un peu plus puissant comme dénonciation qu'un film de ciné tout hollywoodien soit il. La seule mention spéciale sera pour le défilé d'images final où on est littéralement perdus entre la réalité et la fiction et où l'on comprend que plutôt que d'apporter des arguments au débat, Redacted ajoute à la confusion.
par Melimelo publié dans : Flims
Mardi 19 février 2008
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nota bene : Pour égayer nos journées avec mes copines de jeux on deale des images. Juste pour voir. Et putain, moi j'en prends plein les mirettes. un peu trop pure la cam. Il faut dire que je me suis trompée de section. Evelyn elle est déjà passée pro. Et moi je suis passée accro. Porca miseria.
par Melimelo publié dans : lux fiat
Samedi 16 février 2008
Comme j'ai un peu trop la frite en ce moment, j'ai décidé de me faire un programme ciné déprimant. A contre courant des Juno&Co, voici la mouvance des films "feeling low", avec des femmes dedans et des trucs vraiment glauques qui vous plombent jusqu'au prochain courant d'air qui passe dans votre tête. A un rythme effréné d'une fois toutes les trente secondes. I'm so blond, omg, i'm so into it.

Mon premier n'est pas un vrai flim de cinéma mais un documentaire tourné par une vraie actrice de cinéma sur sa soeur autiste. Elle s'appelle Sabine, montre le quotidien des résidants d'un centre pour adultes handicapés mentaux. On comprend en filigrane les difficultés à trouver des infrastructures adaptées, les dommages qu'ont causé l'internement psychiatrique visiblement traumatisant. On admire le dévouement des personnes qui s'occupent des pensionnaires et on se dit qu'il y a quand même de sâcrés métiers dans ce bas monde. Et on ne peut s'empêcher de se demander si la façon dont une société prend en charge ses plus faibles ne serait pas un indice de développement pertinent. Si on osait se poser des questions.
Mais loin de se cantonner dans la critique sociale, ce documentaire de Sandrine Bonnaire s'inscrit avant tout dans la singularité de la relation que l'actrice et sa soeur entretiennent par delà le handicap. Car Sabine est singulièrement singulière. D'une beauté étincelante avant son séjour à l'hôpital, elle surprend par sa vitalité, sa différence, son humour. Cela est d'autant plus frappant avec les images tournées aujourd'hui où trente kilos en plus, la bave aux lèvres, elle répète inlassablement la même question à sa soeur : "tu vas rester Sandrine? tu vas rester cet après midi? dis Sandrine? tu restes cet après midi?". Et les larmes à la vue terrible des images de sa splendeur passée. Exactement comme nous.

ffffffffffffffffffffffffffff ffffffffffffffffffffffffffffffff  (le vent)

Mon second est lui beaucoup plus formel. La fabrique des sentiments raconte la vie d'Héloise (gloops), célibataire (gloosp), 35 ans (gloops), clerc de notaire (glooooops) et sa difficulté à rencontrer les autres et surtout un homme. Ou comment le confort matériel n'arrive pas à combler le vide existentiel. Du coup, Héloïse décide de faire du speed dating ce qui lui permet de rencontrer des PAC (plans à la con) et des boulets. Finalement, elle décide de fonder une famille avec le boulet et de passer à la modernité en prenant un abonnement sur Meetic. C'est glauque à souhait, Elsa Zilberstein est belle et froide comme un statue, ça vaut un petit détour mais quand même pas de prendre sa bagnole.

ffffffffffffffffffff ffffffffffffff fffffffffffffffffffffffffffffffffff ffffffffffffffffff
par Melimelo publié dans : Flims
Jeudi 14 février 2008
Je suis très très déçue.

Comme grâce à la magie du blogounet j'ai dorénavant des Valentins comme s'il en pleuvait (vous avez vu Magnolia?)(juste en passant), j'avais décidé, pour les fêter dignement, de publier une photo de moi *nue*.
J'avais choisi celle qui s'appelle "Lignes et courbes".
Je pense que c'est plus porteur que les poèmes en anglais et puis ça fidèlise le lectorat. On en est en accord avec son temps ou on ne l'est pas.

Pendant toute cette journée, je savourais d'avance mon méfait, souriant béatement aux tableurs Excel qui ne me le rendaient guère. Le soir venu, en préparant mes petites affaires pour enchaîner sur la formation continue tout au long de la vie tant que ça déborde pas sur ton temps de travail, j'avais toujours ce léger sourire taquin flottant mystérieusement dans les recoins de mes commissures. Quand vers 23:00, je me connectais enfin quelle ne fut pas ma surprise à la lecture du "ahlala, mes braves blogeurs, les photos, tant que vous voulez mais ce soir c'est pas possible à partir de 22:30, Paris local time. Désolés. L'équipe d'over-blog".

Adieu veaux, vaches, sourires, que vous êtes fragiles, que vous me semblez laids. Ils l'ont fait exprès ou quoi?? je fais quoi moi avec mon happening?? c'est ce soir ou sinon à quoi bon?

Ah vraiment ami Lecter, quelle déception.
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